Aller au contenu principal
MEDIA | PARTICIPER AU MEDIA
Interview de Mylène Vayssière de JE Cosmétique : Revenir à l’essentiel avec une cosmétique vivante et cohérente

Mylène, vous êtes ingénieure chimiste, cosmétologue, fondatrice de JE Cosmétique et artisan-formulatrice dans votre atelier du 18e : qu’est-ce qui vous a fait « décrocher » de la cosmétique conventionnelle pour aller vers cette idée de cosmétique vivante, épurée et cohérente ? Y a‑t‑il eu un déclic précis dans votre parcours de 15 ans dans l’industrie ?

Il n'y a pas eu de déclic unique, mais un malaise qui a grandi au fil des années. Je formulais des produits techniquement irréprochables inertes, pauvres en actifs réels, avec un manque de naturalité. Je ne m'y retrouvais plus.

En 2019, la décision s'est imposée d'elle-même : créer ce qui manquait. JE est né de trois convictions profondes. D'abord, revenir à des formules naturelles où chaque ingrédient est là pour une raison précise, pour la peau, pas pour la promesse. Ensuite, intégrer la gestuelle dès la conception, parce qu'aucun soin, aussi bien formulé soit-il, n'agit seul. Et enfin, transmettre mes connaissances avec une transparence radicale — expliquer ce qu'il y a dans un produit, pourquoi, et son apport réel.

Vous parlez de formules « 100 % actives », réduites à l’essentiel, qui nourrissent la peau sans la perturber : concrètement, comment se traduit cette philosophie dans vos choix d’ingrédients et vos protocoles de formulation au quotidien dans l’atelier ?

Concrètement, cela se traduit par des formules courtes, où chaque ingrédient présent joue un rôle précis et apporte quelque chose à la peau. Les ingrédients de remplissage sont exclus. Mais les ingrédients seuls ne suffissent pas, la formule doit aussi être conçue pour accompagner la peau sans perturber son équilibre naturel.
Un produit mal adapté peut mettre la peau en déséquilibre. Prenez le nettoyage du soir, il est indispensable. Mais un nettoyant trop agressif va endommager le film hydrolipidique et déclencher exactement ce qu'on cherche à éviter : des tiraillements sur une peau sèche, ou une surproduction de sébum sur une peau grasse qui tente de se rééquilibrer. La peau réagit, elle compense et on interprète souvent cette réaction comme un problème de peau, alors que c'est un problème de produit.

Dans un marché saturé de promesses, d’ingrédients à la mode et de routines à rallonge, quels sont selon vous les mécanismes (marketing, culturels, psychologiques) qui éloignent les consommateurs de l’essentiel, et comment, à votre échelle, vous déconstruisez ces réflexes via vos produits et vos ateliers ?

Le consommateur est perdu, et c'est tout à fait compréhensible. Le marché fonctionne sur un moteur très puissant : le renouvellement permanent. Un nouvel ingrédient star tous les six mois, une routine à cinq étapes qui devient dix, des promesses de plus en plus spectaculaires. Ce mécanisme crée de l'insécurité. On a toujours l'impression de manquer quelque chose, de ne pas faire assez pour sa peau. Et cette insécurité, elle vend.
À cela s'ajoute une confusion réelle entre tendance et besoin. Le rétinol, la niacinamide, les peptides, ce sont des actifs intéressants, mais ils ne sont pas universels. Les appliquer sans comprendre pourquoi, c'est souvent inutile, parfois contre-productif.
C'est exactement pour déconstruire ces réflexes que j'organise des ateliers. L'idée n'est pas de diaboliser les produits, mais de se reposer les bonnes questions : qu'est-ce qu'il y a vraiment dans mon produit ? Pourquoi cet ingrédient est-il là ? Et surtout quels sont les vrais besoins de ma peau, à moi ? Ce retour à l'essentiel, c'est à la fois le cœur de ma pédagogie et le fondement de ma façon de formuler.

Vous insistez sur la notion de « cosmétique vivante » : sur le plan scientifique et sensoriel, qu’est-ce que cela change dans la façon de sélectionner, travailler et conserver les matières végétales, et quelles contraintes très concrètes cela impose (stabilité, réglementation, coûts, pédagogie auprès des clients) ?

Travailler avec des matières végétales vivantes, c'est accepter une complexité que la cosmétique conventionnelle a précisément cherché à éliminer. Ces matières ont une odeur, une couleur, une variabilité naturelle d'un lot à l'autre. Tout cela doit être intégré dès la formulation, pas corrigé après coup avec des masquants ou des stabilisants de synthèse. Les coûts sont aussi significativement plus élevés. C'est une réalité.
Mais le bénéfice fondamental justifie ces contraintes : la peau reconnaît les matières naturelles. Il existe une véritable affinité biologique. Les lipides végétaux, par exemple, sont structurellement proches de ceux de notre peau. Elle les assimile, les intègre, sans résistance.
C'est l'inverse d'une huile minérale issue de la pétrochimie : elle ne pénètre pas, elle fait film. L'effet est immédiat, la peau paraît douce. C'est l'effet waouh. Mais ce n'est pas un soin sur la durée, c'est une illusion de soin. Travailler avec le vivant, c'est accepter que les résultats soient parfois moins spectaculaires à court terme, mais réels et durables.

En tant que formatrice en yoga du visage et animatrice d’ateliers dans votre atelier parisien, comment articulez-vous le soin de la peau, le geste, la connaissance des ingrédients et la conscience de soi pour aider les personnes à revenir à une routine simple mais vraiment efficace ?

L'objectif de mes ateliers, c'est d'abord de comprendre. Comprendre les besoins réels de sa peau le matin et le soir, comprendre ce que contient un produit et pourquoi, mais aussi comprendre ses limites.
Car un cosmétique, aussi bien formulé soit-il, n'agit que sur la couche supérieure de l'épiderme. Il nettoie, protège, nourrit. C'est déjà beaucoup. Mais pour aller plus en profondeur , agir sur le derme, les muscles, les fascias, la circulation sanguine et lymphatique, les gestes sont indispensables. C'est pour ça que j'intègre la gestuelle dès la conception de mes produits, et que le yoga du visage n'est pas un "plus" dans mon approche : c'est une composante à part entière du soin.
Il y a aussi quelque chose de plus fondamental que j'aime rappeler : notre corps est une machine remarquable, qui sait s'équilibrer et se régénérer. Les cosmétiques sont là pour l'accompagner, pas pour se substituer à lui et certainement pas pour le bloquer. Quand on comprend vraiment comment fonctionne sa peau, on consomme différemment. Et très souvent, on consomme mieux et moins.

Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, pensez-vous que cette approche minimaliste, biologique et transparente restera un « contre-courant » ou qu’elle est en train de redéfinir en profondeur les standards de la beauté ? Quelles évolutions majeures anticipez-vous, tant chez les marques que chez les consommateurs ?

Cinq ans après avoir lancé JE, je me sens objectivement moins à contre-courant qu'au début. Quelque chose est en train de bouger chez les consommateurs, mais aussi chez certains acteurs de l'industrie. C'est lent mais c'est réel.
Ce qui me rend optimiste, c'est une conviction simple : quand on a vraiment essayé une routine naturelle et simple, on ne fait plus marche arrière. Pas par idéologie mais par expérience. La peau répond, elle s'équilibre, elle respire. C'est une évidence qui s'impose d'elle-même.
Dans tous les secteurs, le consommateur est de plus en plus informé et exige davantage de transparence. La beauté n'échappera pas à cette dynamique. Je suis peut-être optimiste. Je l'assume mais je pense que dans dix ans, cette approche ne sera plus une tendance ni un contre-courant. Elle sera simplement la norme. Le minimalisme, la transparence des ingrédients, le respect de l'équilibre naturel de la peau : ce ne sont pas des valeurs de niche, ce sont des attentes qui montent dans toute la société.

Pour clore, quel conseil très concret donneriez-vous à quelqu’un qui ouvre aujourd’hui sa salle de bains et veut, dès ce soir, faire un premier pas vers une cosmétique plus vivante, plus cohérente et plus respectueuse de sa peau ?

Ouvrez votre salle de bains ce soir et regardez votre routine avec une seule question : est-ce que tout ce que j'applique a vraiment un rôle précis pour ma peau ?
Si je devais donner un seul conseil, ce serait de commencer par simplifier la routine du soir. La nuit, la peau se régénère. c'est sa fonction naturelle, et elle le fait remarquablement bien. Notre rôle n'est pas de tout faire à sa place, mais de préparer les conditions de cette régénération.
Et pour cela, une seule chose est vraiment indispensable : nettoyer sa peau. Efficacement, mais avec douceur. Je recommande une huile nettoyante, elle respecte le film hydrolipidique tout en éliminant ce qui doit l'être.
Le piège le plus fréquent ? Surcharger la peau le soir en pensant bien faire. Multiplier les couches de sérum, d'huile, de crème, c'est souvent contre-productif. La peau n'a pas besoin qu'on l'étouffe, elle a besoin qu'on lui fasse confiance. Moins, c'est souvent mieux. Et c'est le meilleur premier pas vers une cosmétique vraiment cohérente.

Pour en savoir plus : https://jecosmetique.fr

Publié le