La cosmétique française est le deuxième secteur exportateur du pays, derrière l’aéronautique et devant les vins et spiritueux. Ce classement surprend souvent, parce que le secteur se montre sous la forme de flacons et de campagnes, rarement sous celle d’une industrie. Les chiffres publiés par la FEBEA, la fédération professionnelle du secteur, racontent pourtant une autre histoire : celle d’une filière industrielle massive, très largement tournée vers l’export, et qui vient de connaître en 2025 son premier accroc depuis vingt ans.
22,4 milliards d’euros à l’export, et un excédent de 17 milliards
En 2025, les exportations françaises de cosmétiques ont atteint 22,4 milliards d’euros, contre 22,5 milliards en 2024, soit un repli de 0,1 %. La variation paraît minime ; elle ne l’est pas. C’est le premier recul depuis au moins vingt ans pour un secteur habitué à la croissance continue. L’excédent commercial dégagé reste considérable : 17 milliards d’euros, pour 5,4 milliards d’euros d’importations, elles en hausse de 6 %.
Ce que ce chiffre dit du marché grand public est simple : quand vous achetez un soin en France, vous achetez le produit d’une industrie qui vend d’abord au reste du monde. Les gammes, les formats et les prix que vous voyez en rayon sont conçus pour un marché international, pas seulement pour le marché domestique.
Le décrochage américain, l’Europe qui compense
Le repli de 2025 s’explique presque entièrement par un marché : les États-Unis, où les exportations tombent à 2,4 milliards d’euros, en baisse de 19 %. L’Union européenne, premier débouché avec 12,1 milliards d’euros, progresse de 4 % et amortit une grande partie du choc. La Chine se stabilise à 1,8 milliard d’euros (+1,2 %), les Émirats arabes unis progressent de 8 % et le Royaume-Uni de 2,9 %, tandis que l’ASEAN recule de 10 %.
Par famille de produits : le maquillage recule, les cheveux progressent
La ventilation par catégorie est la plus parlante pour un lecteur qui achète ces produits :
- Maquillage et soins du visage : 11 milliards d’euros, en baisse de 2,1 % — la famille la plus lourde, et celle qui décroche.
- Parfumerie : 8 milliards d’euros, en hausse de 1,9 % — la catégorie qui résiste le mieux en valeur.
- Shampooings et soins capillaires : 1,5 milliard d’euros, en hausse de 5,5 % — la plus petite des trois, mais la plus dynamique.
Un lecteur attentif aura noté l’écart : le capillaire progresse presque trois fois plus vite que la parfumerie, et à contre-courant du maquillage. C’est cohérent avec ce qu’on observe côté rayon, où l’offre de soins capillaires techniques s’est considérablement élargie.
Une industrie de PME, et très largement en région
Les chiffres de structure publiés par la FEBEA (publication du 22 mai 2023) complètent le tableau. Le secteur pèse 35,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en cumulant fabrication domestique et exportations, dont plus de 60 % réalisés à l’export, et représente 15 % du marché mondial. Il emploie 58 000 personnes en direct, dont 60 % de femmes, et 80 % de ces emplois se situent en région, tout comme 67 % des entreprises.
Surtout, la composition de la filière contredit l’image de quelques grands groupes : parmi les adhérents de la fédération, on compte 64 % de PME et 18 % de TPE, contre 13 % de grands groupes et 5 % d’ETI. Autrement dit, plus de huit entreprises sur dix du secteur sont des petites structures.
Ce que disent les chiffres
Trois enseignements se dégagent. D’abord, la dépendance à l’export : avec plus de 60 % du chiffre d’affaires réalisé hors de France, la santé du secteur se joue davantage à Washington ou à Shanghai qu’en France. Ensuite, la fragilité nouvelle : un recul de 0,1 % n’est rien en valeur absolue, mais il rompt une série de vingt ans, et il est intégralement porté par un seul marché. Enfin, le tissu de PME : derrière quelques marques mondiales, l’essentiel des entreprises du secteur sont des structures de taille modeste, majoritairement implantées hors d’Île-de-France.
Questions fréquentes
La France est-elle vraiment le premier pays exportateur de cosmétiques ?
La FEBEA situe la France à 15 % du marché mondial et la présente comme leader. La cosmétique est par ailleurs le deuxième contributeur à la balance commerciale française, derrière l’aéronautique.
Pourquoi les exportations vers les États-Unis ont-elles autant chuté ?
La FEBEA constate un repli de 19 % sur ce marché en 2025. Les causes précises ne sont pas détaillées dans le communiqué : nous ne les inventerons pas ici.
Ces chiffres incluent-ils les produits d’hygiène ?
Le périmètre retenu par la fédération couvre les cosmétiques au sens réglementaire européen, qui inclut les produits d’hygiène corporelle comme les shampooings et les gels douche.
Sources et réutilisation
Données issues des publications de la FEBEA (Fédération des Entreprises de la Beauté) : communiqué sur le commerce extérieur 2025 pour les chiffres d’exportation, et page « Chiffres clés du marché cosmétique » (publication du 22 mai 2023) pour les données de structure. Chiffres relevés le 13 août 2026.
Ces analyses sont librement réutilisables, y compris par des journalistes et des étudiants, à condition de citer Cosmetics Insiders avec un lien vers cette page.
Pour aller plus loin
Nos comparatifs des familles citées : fonds de teint, eaux de parfum, shampooings, huiles capillaires et crèmes bio. Voir aussi notre calculateur de budget beauté et notre méthodologie.