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Interview de Agathe Vacca de June Marketing : Les nouveaux enjeux marketing du secteur beauté et luxe

Agathe, vous êtes Lead Beauty & Luxury chez June Marketing, une agence historiquement très ancrée dans les études beauté et luxe : comment résumeriez-vous aujourd’hui les grands bouleversements marketing que vous observez concrètement chez vos clients de ce secteur, en...

3 juillet 2026 5 min de lecture
Interview de Agathe Vacca de June Marketing : Les nouveaux enjeux marketing du secteur beauté et luxe

Agathe, vous êtes Lead Beauty & Luxury chez June Marketing, une agence historiquement très ancrée dans les études beauté et luxe : comment résumeriez-vous aujourd’hui les grands bouleversements marketing que vous observez concrètement chez vos clients de ce secteur, en France comme à l’international ?

Les maisons évoluent dans un contexte beaucoup plus complexe qu'il y a quelques années : les consommateurs sont surinformés, les tendances s'accélèrent et les canaux d'expression se multiplient. Le principal enjeu n'est plus d'être présent partout, mais de rester cohérent partout. Nous observons un recentrage autour de deux priorités : renforcer la désirabilité tout en démontrant une véritable pertinence. Les marques qui performent sont celles qui réussissent à innover sans perdre leur identité.

Dans vos études de marché récentes, quels nouveaux comportements ou attentes consommateurs bousculent le plus les codes traditionnels de la beauté et du luxe (rapport au temps, à la rareté, au prix, au statut…) et comment les maisons que vous accompagnez s’y adaptent-elles ?

Les consommateurs questionnent davantage les promesses des marques. Ils recherchent moins des discours que des preuves : preuve d'expertise, d'authenticité, de qualité ou encore d'engagement. La rareté ne suffit plus à créer le désir ; elle doit être justifiée. De la même manière, un prix premium doit s'accompagner d'une valeur perçue claire, qu'elle soit fonctionnelle, émotionnelle ou expérientielle. Les maisons s'adaptent en travaillant davantage le sens et la cohérence de chaque prise de parole.

Le secteur beauté/luxe est à la fois très aspirational et de plus en plus sommé d’être responsable, inclusif, transparent : à partir de vos insights, comment les marques arbitrent-elles entre désirabilité et exigences RSE, et quels écueils marketing voyez-vous le plus souvent dans ces repositionnements ?

Contrairement à certaines idées reçues, nous n'observons (toujours) pas que la durabilité soit un driver de choix suffisant dans le luxe. En revanche, elle devient un facteur de crédibilité. La question n'est plus "être durable", mais "est-ce que cette démarche paraît sincère et légitime pour cette marque ?". Les consommateurs évaluent très vite si une initiative semble opportuniste ou profondément ancrée dans l'ADN de la Maison. Enfin, il ne faut pas oublier le bénéfice consommateur dans tout ça. Une démarche responsable se doit également de créer plus de valeur : une meilleure expérience, un produit plus désirable, un meilleur service ou une nouvelle forme d'exclusivité etc.

June Marketing revendique une culture très consumer‑centric et un solide dispositif qualitatif/quantitatif : pouvez-vous nous décrire, de manière concrète, comment vous utilisez les études (par exemple un mix quali/quanti ou un dispositif multi‑marchés) pour nourrir une plateforme de marque ou un lancement produit dans le luxe ou la beauté ?

Il n'existe pas de méthodologie universelle : nous construisons toujours des dispositifs sur mesure selon la problématique de nos clients. Mais dans la plupart des cas, nous combinons plusieurs approches : des études qualitatives pour comprendre les imaginaires, les tensions et les motivations profondes, du quantitatif pour mesurer et prioriser les enseignements, auxquels peuvent s'ajouter du SML ou de l'analyse de tendances & workshops d'activation via Nova (notre expertise Planning Stratégique). Nous faisons dialoguer les consommateurs actuels de la marque, mais aussi ceux de ses concurrents. L'objectif n'est pas seulement de produire des insights, mais de les transformer en stratégie : plateforme de marque, manifeste, territoires d'expression ou recommandations d'activation.

Avec l’explosion du digital, du social commerce et des nouveaux territoires d’expression (influence, gaming, live shopping, etc.), quels sont selon vous les enjeux marketing les plus sensibles pour les maisons de luxe et de beauté : maîtrise du discours, cohérence de l’expérience, mesure de la performance… et comment les données que vous collectez les aident-elles à trancher ?

Le principal enjeu est sans doute que les marques ne maîtrisent plus totalement leur récit. Celui-ci se construit désormais autant par les créateurs de contenus, les communautés ou les plateformes que par la marque elle-même. Les Maisons doivent donc trouver le bon équilibre entre cohérence et adaptation aux nouveaux codes. Les études permettent justement d'objectiver les arbitrages : comprendre quels contenus renforcent réellement la désirabilité, quels points de contact créent de la valeur et lesquels risquent au contraire de diluer l'image.

Si l’on se projette à 5–10 ans, quels grands shifts marketing anticipez-vous pour le secteur beauté et luxe (poids de l’IA générative dans la création, personnalisation extrême, nouveaux marchés géographiques, redéfinition du retail physique…) et comment June Marketing se prépare-t-elle déjà à accompagner ces transformations ?

Nous anticipons moins une rupture qu'une accélération de tendances déjà à l'œuvre. L'IA va certainement transformer les processus de création, de personnalisation et de production de contenus, mais elle ne remplacera pas ce qui fait la force des marques de Luxe : une vision, un patrimoine et une capacité à créer de l'émotion. Les consommateurs attendront toujours davantage de personnalisation, d'expériences fluides entre physique et digital et de pertinence culturelle. Chez June Marketing, nous préparons ces évolutions en combinant les nouvelles sources de données, les outils d'analyse augmentés par l'IA et, surtout, une lecture humaine des comportements, indispensable pour comprendre ce qui crée réellement de la valeur.

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous aux décideurs du luxe et de la beauté qui souhaitent repenser leur stratégie marketing : par où commencer, et quelle “bonne question” devraient-ils absolument se poser avant de lancer un prochain projet ou une nouvelle innovation ?

Avant de lancer une innovation ou de repenser sa stratégie, une marque devrait d'abord se poser une question simple : "Pourquoi suis-je la mieux placée pour proposer cela ?" Cette question oblige à revenir à son ADN, à sa raison d'être, à ses savoir-faire et à ce qui la rend réellement singulière. Ensuite seulement vient la question du consommateur : quel problème résout-on ? Quelle émotion crée-t-on ? Quelle valeur apporte-t-on ? Les projets les plus solides sont souvent ceux où ces deux dimensions se rejoignent naturellement.

Pour en savoir plus : https://junemarketing.fr/