La salle de bain est la pièce où le tri fonctionne le moins bien. Un flacon de gel douche est aussi recyclable qu'une bouteille d'eau, mais il finit beaucoup plus souvent à la poubelle ordinaire. Voici les chiffres, et ce que change le règlement européen sur les emballages, applicable depuis le 12 août 2026.
Un Français sur trois trie ses produits de beauté
Le chiffre est ancien mais il n'a pas d'équivalent plus récent : un Français sur trois déclarait trier systématiquement ses emballages de produits d'hygiène, de beauté et de soin (Citeo, publication du 27 mai 2020, données d'une étude Harris Interactive pour L'Oréal, 2019). L'écart générationnel est net : 67 % chez les 55 ans et plus, 57 % chez les 15-34 ans.
Les raisons avancées sont matérielles autant que culturelles : emballages petits, opaques, souvent composés de plusieurs matières, et absence de poubelle de tri dans la salle de bain. Les produits les moins bien triés sont le maquillage et la coloration capillaire ; les mieux triés, les gels douche et les shampoings.
73 % des emballages ménagers recyclés, mais 30 % pour le plastique
Deux jeux de chiffres coexistent, et il ne faut pas les mélanger. Les données réglementaires déclarées (ADEME, données 2024, édition mars 2026) donnent 6 345 kt d'emballages ménagers et papiers graphiques mis sur le marché et un taux de recyclage des emballages ménagers de 69,6 %. L'estimation de filière de Citeo pour 2025 (rapport d'activité publié en juin 2026) donne 73 %, en progression de 9 points depuis 2020, sur un gisement de 5 306 kt. Années et méthodes différentes : ces deux taux ne se comparent pas.
La performance par matériau, elle, est très inégale (Citeo, 2025, objectif réglementaire 2030 entre parenthèses) : acier 100 % (80 %), verre 88 % (75 %), papier-carton 83 % (85 %), aluminium 43 % (60 %), plastique 30 % (55 %).
Le plastique est le matériau dominant de la salle de bain, et c'est le plus mauvais élève, à 30 % recyclé pour un objectif de 55 % en 2030. L'écart est considérable. Nuance utile : 75 % des emballages plastique sont désormais recyclables (contre 65 % en 2020), et 17 % de matière recyclée est incorporée dans les emballages ménagers plastique. Le frein n'est donc plus seulement technique, il est aussi comportemental et logistique.
Ce qui bloque, concrètement
Depuis le 1er janvier 2023, tous les emballages plastique se trient en métropole, y compris les tubes, pots, films et sachets qui en étaient exclus. L'extension couvrait 98 % de la population métropolitaine, soit 63,4 millions d'habitants, et elle a été étendue à l'outre-mer au 1er janvier 2026. Le message « seuls les bouteilles et flacons » est donc périmé depuis trois ans, ce qui explique une partie du retard des habitudes.
Ce qui gêne réellement le recyclage, d'après le guide publié par la FEBEA et ELIPSO le 5 février 2025 : les adhésifs, les décors (métallisation, étiquettes), la couleur noire, et les emballages contenant plusieurs matières différentes. Le guide traite six familles emblématiques du secteur : les tubes, les boîtiers, palettes et poudriers, les sticks, les pompes, les pots et les « dip in ».
Cas d'école étudiés par Citeo et la FEBEA : le flacon de shampooing en PET opaque, le flacon d'après-shampooing en polypropylène sombre, le pot de crème avec manchon, le tube plastique doublé d'aluminium, la palette de maquillage en ABS. Ce sont des objets ordinaires, et chacun pose un problème de tri différent. Nous n'avons trouvé aucune source publique chiffrant le taux de recyclage effectif des pompes et doseurs : nous ne l'inventons pas.
Ce que la réglementation impose désormais
Le règlement européen sur les emballages, règlement (UE) 2025/40, a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 22 janvier 2025, est entré en vigueur le 11 février 2025 et s'applique depuis le 12 août 2026. Il vise 100 % d'emballages recyclables en 2030 et une réduction de 10 % des déchets d'emballages en 2035.
Une de ses dispositions vise directement la cosmétique : l'interdiction des produits cosmétiques et de toilette en petit format à usage unique dans le secteur de l'hébergement, ces flacons de shampooing et de lotion posés dans les salles de bain d'hôtel. C'est la première fois qu'un texte européen cible aussi explicitement un format du secteur.
Côté français, la loi AGEC du 10 février 2020 vise la fin des emballages plastique à usage unique en 2040, 70 % de recyclage des emballages ménagers et une réduction de 15 % par rapport à 2010 d'ici 2030, et 10 % d'emballages réemployés en 2027. Le réemploi part de très bas : 1,59 % en 2024 selon l'ADEME, environ 300 millions d'unités en 2025 selon Citeo.
Ce que fait la filière cosmétique
La FEBEA rappelle que les emballages cosmétiques ne représentent que 5 % des emballages plastique en France (communiqué du 23 juin 2021 — chiffre non réactualisé depuis, à notre connaissance). Son « Plastic Act », annoncé le même jour, fixait quatre objectifs collectifs à horizon 2025 : réduire de 15 % la quantité de plastique, réemployer 20 %, réincorporer 10 à 25 % de plastique recyclé et rendre 100 % des emballages recyclables. Le bilan à trois ans, publié le 28 mai 2024, est qualitatif et sans chiffres : la réincorporation et la réduction progressent, le réemploi « rencontre encore de nombreux freins en pratique ».
Un signal côté consommateurs, en revanche, est net : 59 % des consommatrices interrogées déclarent avoir acheté des recharges au cours des douze derniers mois (FEBEA, étude Senseva menée du 20 avril au 1er mai 2025 auprès de 2 251 femmes, communiqué du 16 juin 2026). La recharge est aujourd'hui le geste de réduction le plus répandu, loin devant le vrac et la consigne.
Ce que disent les chiffres
Trois choses. Un : votre flacon de crème, votre tube et votre déodorant se trient tous, sans exception, depuis 2023 — l'obstacle principal est désormais l'absence de bac dans la salle de bain, pas la règle. Deux : à 30 % de plastique recyclé pour un objectif de 55 % en 2030, l'écart ne se comblera pas sans changement de comportement, quelle que soit l'écoconception. Trois : sur le plan individuel, le levier le plus efficace n'est pas le tri, c'est la réduction — recharge, format familial, produit solide — car un emballage non produit n'a pas besoin d'être recyclé. Cela vaut particulièrement pour les produits à forte rotation, où le contenant se remplace plusieurs fois par an, bien plus que pour les eaux de parfum.
Questions fréquentes
Peut-on trier tous les emballages de la salle de bain ?
Oui pour les emballages, depuis l'extension des consignes de tri généralisée en métropole le 1er janvier 2023, et outre-mer le 1er janvier 2026 : flacons, tubes, pots, films et sachets vont dans le bac de tri. Le contenu et les produits eux-mêmes ne sont pas concernés.
Quel est le taux de recyclage des emballages plastique ?
30 % en 2025 selon Citeo, pour un objectif réglementaire de 55 % en 2030. Tous matériaux confondus, le taux de recyclage des emballages ménagers atteint 73 % (Citeo, 2025) ou 69,6 % (ADEME, données 2024).
Les petits flacons d'hôtel sont-ils interdits ?
Le règlement européen 2025/40, applicable depuis le 12 août 2026, interdit les produits cosmétiques et de toilette en petit format à usage unique dans le secteur de l'hébergement.
Sources et réutilisation
Volumes et taux : ADEME, « Emballages ménagers et papiers graphiques : données 2024 » (édition mars 2026) et Citeo, rapport d'activité 2025 et « Les chiffres du recyclage en France » (18 juin 2026). Tri des produits de beauté : Citeo, « Emballages hygiène-beauté » (27 mai 2020, données Harris Interactive / L'Oréal 2019) et guide de recyclabilité Citeo × FEBEA (mai 2020). Freins techniques : guide FEBEA × ELIPSO (5 février 2025). Réglementation : règlement (UE) 2025/40, Conseil de l'Union européenne (16 décembre 2024), loi AGEC du 10 février 2020 et décret 3R. Filière : FEBEA, « Plastic Act » (23 juin 2021), bilan (28 mai 2024), Journée de la recharge (16 juin 2026). Relevé effectué le 13 août 2026.
Ce que nous n'avons pas trouvé, et que nous ne remplaçons pas : le nombre d'unités d'emballages beauté mises sur le marché en France, le tonnage propre au secteur hygiène-beauté, le taux de recyclage spécifique des emballages cosmétiques, et le sort chiffré des pompes et doseurs.
Réutilisation libre. Ces analyses sont réutilisables par les journalistes, étudiants, chercheurs et professionnels du secteur, à condition de citer Cosmetics Insiders avec un lien vers cette page.